28 mars 2009

Opeth @ Rockefeller

Opeth est une nouvelle fois de retour à Oslo, celle qui les a vu jouer d’innombrables fois depuis la sortie d’"Orchid" en 1995. Pas étonnant que le show de ce soir soit complet, les Norvégiens réservent toujours aux Suédois un accueil à la hauteur de ce qu’ils ont accompli. C’est au Rockefeller que se tiendra l’événement, endroit ô combien symbolique de la capitale nordique. Les portes ouvrent à 20h et 15 minutes avant la queue fait presque le tour du bâtiment.
À l’intérieur, la salle se décompose en une fosse et un balcon où les premiers arrivés s’attablent bière en main. Un espace "lounge" permet même de regarder simultanément le concert sur un écran géant avec un système son décoiffant de réalisme. Bref, les 1350 fans venus ce soir seront à l’aise, moi y compris. Retrouvailles avec Espen, représentant de Roadrunner pour la Norvège, et c’est pass photo en main que nous nous dirigeons vers un espace presse, backstage, pour une petite bulle.
C’est le projet solo du leader d’ Emperor, Ihsahn, qui ouvre pour les Sudéois. Difficilee d’oublier combien il était efficace au sein d’Emperor. Son projet solo est plus progressif, mais n’atteint pas une intensité sans précédent. Mais le groupe est chez lui et en joue intelligemment pour convaincre l’assemblée. Les lignes mélodiques et les solos alambiqués mériteraient une écoute plus attentive que les conditions sonores ne permettent malheureusement pas. Qu’on soit leader d’Emperor ou pas, une première partie reste une première partie, avec le statut que ça implique.

Changement de plateau rapide, la pression monte du côté des fans. Habituelle discussion avec les groupies du premier rang, indiscrétions sur la set-list puis noir-scène. Le Rockefeller tout entier exulte avant que les premiers accords de "Heir apparent "arrivent enfin. Un son massif qui satisfait des mois d’attentes. Et c’est un euphémisme de dire qu’en live, Opeth c’est carré. Ce qu’il faut de maîtrise et de folie furieuse (Per derrière ses claviers laisse ne ménage pas sa nuque), presque indescriptible tellement le quintet tape là où peu de formations n’imaginent même pas aller. "Ghost of perdition" prend la suite, assommant les premiers rangs tandis que derrière les plus virulents font voyager leurs cheveux. Mikael Åkerfeldt ne déroge pas à sa réputation et enchaîne blagues et grimaces pour ce premier break. Suédois et Norvégiens se comprenant parfaitement, c’est tout naturellement dans sa langue maternelle que le seul rescapé de la formation originelle s’adresse à ses fans, de quoi regretter d’avoir eu de justesse son examen de Norvégien. But atteint, le public communique avec le groupe et vice-versa, une ambiance détendue qui prépare à la suite. "Godhead’s lament" a fait remonter les fans jusqu’à Still Life. Toujours dans un registre metal, les Suédois font forte impression. Fredrik Åkesson est plus à l’aise que jamais et enchaîne les positions "heavy metal"comme il l’aurait fait alors qu’il était encore au sein d’ Arch Enemy. "The leper affinity" termine ce déluge de distorsions avec brio. D’un bout à l’autre des titres, Opeth donne ce sentiment d’un bloc massif, 5 musiciens de haut vol à 110% et qui donnent le sourire à des fans plus qu’heureux. "Credence" marque le pas dans des sphères acoustiques et mélancoliques. Le leader d’Emperor a eu la bonne idée de se placer juste à ma gauche pour regarder ses compères Suédois mener une véritable démonstration. J’en mène pas large quand Hessian peel débute, quand bien même le deuxième extrait de "Watershed" est sauvagement bon. Les growls de Mike jouxtent des passages acoustiques apaisants, le public est complètement hypnotisé. Planté dans le sol, Martin Mendez oublie qu’il a dû consulter un médecin d’urgence la veille, se plaignant de sa main droite, et s’acharne sur sa basse, donnant cette assise au son du quintet. La surprise de la soirée vient de "Closure", cet extrait de Damnations aux effluves orientaux. L’audience plonge dans un titre psychédélique, aérien où Mike, yeux fermés, statique, semble voyager autant que ses fans. Tout se finit avec "The lotus eater," perle rare de "Watershed", où la fosse survoltée donne ses dernières onces d’énergie. Le groupe quitte la scène sous une ovation générale où on sent un profond respect.
À son retour sur scène, Mike s’adonnera avec un malin plaisir à faire participer la foule à un concours de air-headbang, sans musique et toutes lumières allumées. C’est Delivrance qui mettra fin à un concert de plus d’une heure trente qui est passé trop vite de toute façon. Inutile de préciser à quel point la fin de ce titre est jouissive, un festival de lumières accompagnant ce riff polyrythmique familier.

Opeth restera un groupe incomparable, disponible, humain et généreux. Ce passage à Oslo aura prouvé une nouvelle fois qu’on est pas LE groupe death-prog pour rien.

Pour les photos, cliquez ici pour Ihsahn et ici pour Opeth

Pierre

Opeth - Interview

Avec Opeth on touche dans le genre de groupe à mettre dans la case "mythique". Rencontre avec Per, Fredrik et Martin lors de leur passage à Oslo début mars.

Vous étiez à Dubaï il y a quelques jours pour le Desert Rock Festival, avec notamment Motörhead. Que dire de cette expérience ?

Martin Mendez (basse) : Pour une première c’était génial ! Beaucoup de gens, et surtout beaucoup de gens contents de nous voir.
Fredrik Åkesson (guitare) : Le public était vraiment dedans, très réceptif, bougeant dans tous les sens. Je me rappelle même d’un mec assis sur les épaules d’un autre, en train de pogoter tout en souriant (rires) ! Ils ont vraiment faim de métal, car c’est beaucoup plus difficile d’être un metalhead là bas, à cause de toutes ces lois. Les gens sont venus de loin, d’Irak, d’Iran…
Per Wiberg (claviers) : … de Syrie..
MM : … du Liban aussi.
FA : Je pense que ce festival a véritablement commencé quelque chose, les fans là-bas n’ayant pas beaucoup de concert métal auxquels aller.
MM : Le public est complètement différent du coup, ils sont beaucoup plus ouverts et se lâchent plus facilement.
FA : J’ai pas eu l’occasion de sortir du lieu du festival mais l’expérience était vraiment très intéressante.

Cette tournée commence en Norvège, pas très loin de chez vous.

FF : Oui c’est comme jouer à la maison, un véritable atout. Surtout que certaines dates norvégiennes sont déjà complètes, c’est de bon augure.

Vous avez joué en Inde il y a quelques temps, vous partez dans les prochains mois pour l’Amérique Latine, la Turquie ou encore la Grèce. Y a-t-il encore une partie du monde où vous voudriez aller ?

MM : C’est vrai qu’on commence à couvrir le monde entier (rires) !
PW : Personnellement j’aimerais bien aller en Chine. D’autres groupes faisant à peu près la même musique l’ont déjà fait et ce serait une expérience inédite. L’Afrique aussi reste en dehors de nos destinations jusque-là, ce serait bien d’y aller.
FF : L’Islande j’aimerais beaucoup, mais en ce moment ils sont dans une mauvaise passe (rires) !

Vous avez capté des réactions spécifiques aux chansons de Watershed jusque-là ?

FF : Oui, Lotus eater. Dès qu’on commence à la jouer, le public ouvre les yeux en grand, c’est un morceau très bien accueilli.
PW : Lotus eater est vraiment populaire, et c’est une des pièce maîtresse de Watershed. On a commencé récemment à jouer Hessian peel, et les retours sont là aussi très positifs. Après les concerts les fans nous disent souvent que ce titre les a marqué.
C’est beaucoup de travail en amont du concert pour préparer des chansons aussi longues et complexes que celles d’Opeth ?

FF : C’est différent pour moi que pour le reste du groupe, je n’ai pas le bagage qu’ils ont accumulé puisque je ne suis dans le groupe que depuis peu. Mais on répète beaucoup de toute façon, c’est la seule et unique façon de rentrer dans les chansons et de les jouer le plus naturellement possible.
PW : Je ne pense pas que la difficulté vienne de la longueur des titres. Les plus courts sont souvent les plus difficiles à faire sonner, ceux de Damnation en particulier. On fait notre possible pour faire sonner les titres du mieux que l’on peu, Parfois ça implique de les interpréter d’une manière différente que sur l’album.
Après plus de 6 mois de tournée, est-ce que les titres dévoilent des légers défauts passés inaperçus lors de l’enregistrement ?

PW : On ne peut pas vraiment parler de défauts, après-tout les chansons sont ce qu’elles sont et c’est tout. Mais après une période de tournée intensive, même si ce n’est pas voulu, des changements apparaissent dans la manière de jouer les titres. C’est ce qui ce passe pour presque tous les titres joués et répétés, comme sur Heir apparent qui est le titre de Watershed que nous avons le plus joué jusque-là.
FF : Oui il y a cette touche “live“ un peu rugueuse.
PW : Au fur et à mesure de la tournée, tu mets de toi-même dans les titres, notamment dans les transitions entre différentes parties. Après tout c’est normal, on est pas des machines (rires) ?

Jouer dans un club complet, c’est un show à moitié gagné ?

FF : Bien sûr ça a une influence, on est bien plus remontés, mais c’est le cas à chaque concert.
PW : L’importance de la foule ne compte pas vraiment, on a toujours le même plaisir, qu’on joue devant 100 ou 15 000 personnes.
MM : Un concert sold out veut surtout dire que vous pouvez revenir et toujours avoir des fans qui vous attendent.


Le Progressive Nation Tour se reforme autour de groupes comme Zappa Play Zappa et, bien entendu, Dream Theater. Quels souvenirs gardez-vous de cette collaboration ?

FF : C’était différent de ce qu’on a pu faire avant, les salles étaient vraiment très grandes. Et puis le public était assis la plupart du temps.
PW : On a fait quelques concerts devant un public assis mais 99% de nos prestations se font devant un public debout, prêt à en découdre. À vrai dire c’était assez difficile de déceler une réaction en face. On a fait notre maximum à chaque fois, mais Dream Theater a vraiment des fans “hardcore“.
MM : Les gens assis aux premiers rangs ont dépensé beaucoup d’argent pour voir Dream Theater et ils sont impatients de les voir. Souvent on les voyait regarder leur montre et faire (il mime) « bon ils ont fini ? » (rires) !
FF : Pourtant on a conquis de nouveaux fans, surtout que cette tournée précédait la sortie de Watershed. Mais c’était marrant de voir la réaction des premiers rangs quand Mike commençait à growler (rires) !

La scène prog-metal a-t-elle besoin d’une telle initiative pour être plus visible ?

PW : Difficile à dire mais la scène progressive a toujours existé depuis les années 60 et existera toujours. Pour moi ça reste du rock à large spectre. Ce genre d’initiative est bien pour les fans du genre qui veulent un plateau de musique progressive.

Faire des concerts de 3 heures comme d’autres groupes de prog le font, c’est dans les cartons d’Opeth ?

FF : On en a parlé un petit peu mais rien de confirmé jusque-là.
MM : On l’avait déjà fait pour le dvd Lamentations. On avait joué Damnation en entier, suivi d’un break et de quelques autres titres, le tout pour environ trois heures.
PW : On a fait 3 shows aux Etats-Unis avec une set list chronologique qui avaient duré environ 3 heures. C’était vraiment cool !
MM : Personnellement je trouve ça un peu long, même si tu es fan. Trois heures avec ce volume.. (rires) ! en fait on fait ça pour les occasions spéciales, mais pas constamment.
FF : L’année prochaine, ce sont les 20 ans du groupe, attendez-vous à quelque chose (rires) !

En quoi Watershed est-il différent de Ghost Reveries ?

PW : La production est totalement différente premièrement. C’est beaucoup plus expérimental, plus psychédélique et moins rentre-dedans que Ghost Reveries.
FF : Watershed développe une nouvelle dimension d’Opeth, sans calculs ou projet préalable. On voulait simplement proposer quelque chose de nouveau.

Watershed est un chef d’œuvre, vous pensez pouvoir aller au-delà et faire mieux pour le prochain ?

FF : Absolument !
PW : Tout dépend de ce que “mieux“ veut dire, et c’est tr !s difficile de trouver une définition qui colle à Opeth. On pourra penser que ce qu’on fait sera encore meilleur et se tromper complètement. La seule chose que je sais c’est qu’il sera très différent de Watershed, il n’y a jamais eu de formule stricte pour un album d’Opeth.

Vous avez joué à la télévision suédoise et vous étiez programmés aujourd’hui pour un passage à la télévision norvégienne. En France c’est impensable d’imaginer un groupe comme Opeth jouer sur un plateau. Une idée de la raison ?

PW : Je crois qu’en Scandinavie les fans sont très attachés aux groupes qui sont de chez eux, même si je ne peux pas comparer avec ce qu’il se passe en France.
MM : Le prog-metal est mieux accepté aussi. Mais je vois ce que tu veux dire et c’est vrai que la France est en retard de ce côté-là.
FF : Il faut savoir qu’on a joué les titres les plus “soft“ de l’album, et que des arrangements ont dû être faits sur “Burden“ pour qu’il ne fasse plus que trois minutes. On était vraiment tenté de jouer un titre brutal (rires).

Est-ce que vous allez inclure des projections vidéos pour le reste de la tournée ?

FF : On l’a déjà fait et c’est très cher d’apporter tout le matériel sur la route. On l’a fait pour notre concert en Inde, puisque tout le matériel était sur place notre ingé-lumière n’a eu qu’à envoyer les vidéos.
PW : On a les vidéos avec nous, mais on ne peut les utiliser que dans les salles où le matériel est déjà présent. Mais c’est clair que c’est vraiment un plus pour l’ambiance.

Bloodbath, groupe réunissant notamment Mikael Åkerfeldt et Martin "Axe" Axenrot, a cessé ses activités jusqu’en 2010. Est-ce que ce groupe a un futur ?

FF : Mike a dit ne plus pouvoir tourner avec le groupe, Opeth étant sa priorité et occupant la plupart de son temps.
PW : Je ne suis pas sûr qu’il veuille cesser toute collaboration mais partir en tournée est exclu. Il faut dire qu’on est vraiment occupés avec Opeth et qu’une fois la tournée terminée, on rentre chez nous pour profiter un peu de nos familles.

Sur quel titre vous éclatez-vous le plus en live sur cette tournée ?

FF : Leper affinity, de Blackwater Park.
PW : Ah ouais elle sonne bien celle-là plupart du temps.
MM : Je suis assez d’accord ! Mais de toute façon demande une vraie concentration pour être jouée.
FF : Hessian peel en particulier, ce passage acoustique est vraiment traître (rires) !

Un mot pour vos fans en France ?

FF : On espère revenir très vite en France, c’est toujours des bons concerts. Le Hellfest est vraiment un bon souvenir.
PW : On a fait trois shows, de très bons concerts. Et puis le Hellfest est un des festivals les plus cool !
MM : J’aime la crème brûlée (en français dans le texte, ndlr), c’est super bon (rires) !


Pierre

Lamb Of God - Wrath


Cinquième livraison discographique pour les True Fuck’in Metal de Lamb Of God. Sacrament était une consécration pour les Américains. Alors, "Wrath", un disque qui a du chien ?

Sur le toit du monde après l’interminable tournée de "Sacrament", Lamb Of God n’a quasiment plus rien à prouver. En live, le combo a fait lever des foules entières et ouvert pour les groupes les plus prestigieux, Megadeth et Metallica en tête. En entrant dans le top 10 du Billboard, les Américains ont prouvé que le metal se vendait mieux que Britney Spears, ne serait-ce qu’outre atlantique. Car en Europe sa notoriété reste trop confidentielle, cantonnant le quintet à des salles comme le Trabendo à Paris. Mine de rien, en quatre albums, Lamb Of God s’est imposé comme la face publique du metal actuel, fer de lance de la New Wave of American Heavy Metal.
Après Machine sur "Ashes of the wake" et Sacrement, le groupe s’est attaché les services de Josh Wilbur, trentenaire responsable notamment du son de…. Pink, Avenged Sevefold ou Limp Bizkit. Il y a de quoi s’agripper aux rideaux. Mais la première surprise de cet album est ce son poisseux, rugueux, à l’opposé du presque chirurgical Sacrement. N’empêche, avoir le bon son n’inclut pas d’avoir les meilleures idées. À l’image de "Ride the lighthning", Lamb Of God donne pour la première fois dans les intros orchestrées, sans toutefois tomber dans le travers de la "ballade". "The passing", à défaut d’être intrinsèquement exceptionnelle, est une magnifique introduction pour "In your words". On reconnaîtra à coups sûrs les éléments imperturbables du son des Américains tout au long de "Wrath" : "Dead seeds", "Everything to nothing" sont à élever au rang de standards, alors que le jouissif "Contractor" repêche les influences punk-hardcore du groupe (et dieu que c’est bon !). La complexité des riffs fait un pas en arrière pour se focaliser sur les progressions à tendance aériennes, en témoigne la seconde partie de titres comme "In your words ou "Fake messiah". À cette évolution marquante du son Lamb Of God, il faut ajouter l’apparition d’introductions acoustiques ("Grace", "Reclamation"). Et c’est là la grande nouveauté qu’avance Wrath, des orchestrations certes recherchées mais qui font descendre la pression d’un cran par rapport à la discographie passée du groupe. On gagne en lisibilité, mais on perd de cette furie de riffs qui assommait l’auditeur jusqu’à la dernière seconde. "Wrath" au contraire se termine "en douceur" avec "Reclamation", plus de 7 minutes assez aériennes couplées à un break qui remet un peu de rythme dans la machine. On sent le groupe presque en roue libre, "Wrath" étant à ce jour l’album le moins stimulant de sa discographie.
"Wrath" est néanmoins un excellent album, mais se démarque franchement de ce que le groupe a pu proposer les dernières années. Pour ceux qui ont aimé "Sacrament", "Wrath" en sera la suite logique et plus que réussie. Quant aux fans de la première heure et des folies furieuses que sont "As the palaces burn" ou "Ashes of the wake", ce nouveau méfait aura un goût amèrement différent.

Pierre

This Or The Apocalypse - Monuments


C’est tout frais signés chez Lifeforce Records que This Or The Apocalypse fait son retour discographique après "Sentinels" en 2006 qui avait soigneusement évité l’Europe. Maintenant au chaud chez les responsables de la success story Trivium, le groupe peut envisager soigneusement son avenir scénique. Surtout que son mathcore teinté de metalcore avait émoustillé ces demoiselles sur les routes américaines. Quoi de plus normal donc d’enfoncer le clou et de se présenter, cette fois sur un public cible élargi au vieux continent, avec un album mastoque, cimenté de partout avec des jointures propres.
C’est la route qu’emprunte le combo américain sur trois premiers titres fougueux et garnis de breaks déboussolants. Malgré un chant décidément bien en retrait face à un batteur poulpesque, les structures polyrythmiques font leur effet, sans toutefois atteindre un génie de référence. À l’instar de l’introduction de "Two wars", le break de Monuments se la joue Meshuggah-like, le down tunning en moins. Derrière ses fûts, Grant McFarland (retenez ce nom) aligne les plans migraineux, exaspérant de facilité. Le plus aérien "We are debt" ne change pas la donne, c’est la rythmique qui prend le dessus et c’est dommage quand on prétend justement à la cohabitation, ou au moins la juxtaposition, de technique et mélodie. Un paradigme osé au résultat décevant, tant la suite de l’album touche le fond. Les riffs doublés à la tierce/quinte sont l’antithèse de l’innovation et du goût du risque alors que les structures chamboulées de titres ne donnent que peu de repères à un auditeur qui finit logiquement par déclarer forfait. Poussant la gageure jusqu’à superposer trois lignes de guitares pour un effet brouillon garanti ("Architeuthis"), le combo se perd en digressions techniques. "Manua Kea" nourri un espoir de cohésion mais à l’image d’un album démonstratif et uniquement démonstratif, on perd en intérêt, tout simplement.
En voulant frapper fort, This Or The Apocalypse a manqué la cible. Pour les amateurs du style, mieux vaut se diriger vers des formations comme Architects qui ont su synthétiser avec beaucoup plus de talents les penchants à la fois techniques et mélodiques de la scène métal contemporaine.

Pierre

Lamb Of God - Sacrament



Il est rare d’enchaîner deux albums reconnus tour à tour album de l’année par la presse spécialisée anglo-saxonne. Même quand on s’appelle Lamb Of Godet que l’on est capable de tourner avec des poids lourds comme Opeth ou Chimaira, le challenge est de taille. Surtout qu’après "Ashes Of The Wake", il fallait se lever tôt et suer dru pour donner une suite à la hauteur. N’écoutant que son envie, le combo s’est enfermé pendant quelques semaines dans leur local, chez eux, à Richmond en Virginie. Là encore Machine est venu aiguiller les phases de pré-production, avec cette fois un peu plus de liberté que sur "Ashes Of The Wake", où il n’a quasiment pas eu son mot à dire. Malgré son statut de groupe issu de l’underground et maintenant fermement installé aux manettes d’une nouvelle génération de groupes américains, Lamb Of God continue à prendre des risques avec ce nouvel album, malgré sa maîtrise évidente de l’exercice.
Côté éléments fondateurs du “son” Lamb Of God, on retrouve dans "Sacrament" une batterie infernale et ce son de guitare si particulier, avec peu de gain et beaucoup de dynamique. On oublie les powerchords au profit de phrases complexes exécutées la plupart du temps à l’unisson par Willie Adler et Mark Morton. Une technicité incarnée par un "Redneck" qui n’en finit pas de partir dans tous les sens, une rapidité digne de Slayer dans "Pathetic" ou encore une lourdeur Panter-esque sur "More time to kill" notamment. Utilisant toujours les mêmes outils, Lamb Of God produit néanmoins une première partie d’album à couper le souffle. "Walk with me in hell" qui passe de riffs atmosphériques à un mid-tempo à déchausser les molaires, "Again we rise" et son faux ternaire à en perdre pied, Redneck et son pont survolté... une montée en puissance au fil des titres et qui se maintient sur les rapides "Pathetic" et "Foot to the throat". Pour ceux qui en douteraient encore, Lamb Of God sait encore comment hacher menu ses fans.
Dans un album de pur métal comme celui que nous offre ici Lamb Of God, difficile de déceler les éléments changeants d’un enregistrement à l’autre. Le titre "Descending" en est pourtant un, toute une plage de "Sacrament" qui se détache du reste par son apparente simplicité et son ternaire lancinant. Un titre signé Mark Morton qui n’a pas rencontré l’unanimité au sein du groupe lors de la phase d’écriture, Chis Adler en tête. Preuve de l’intelligence du groupe, "Descending" finit par figurer sur "Sacrament" et y trouve logiquement sa place. "Blacken the crusade sun" exploite un côté épique que l’on avait pas souvent rencontré dans la discographie des américains. Presque six minutes de sonorités recherchées, une progression toute en puissante qui se termine dans un flot polyrythmique.
Quant à dire que "Sacrament" se place au-dessus d’"Ashes Of The Wake", c’est s’avancer. Car "Ashes Of The Wake" a bénéficié d’un effet de surprise qui a pris le monde du metal par derrière. Répondant à une demande de grosse claque dans la tronche, Sacrement ne partait pas à armes égales avec son prédécesseur.

Pierre

Lamb Of God - Bio


C’est sous les traits de Burn The Priest que le futur Lamb Of God prend forme dans les clubs de Richmond, en Virginie. Après quelques évolutions de line up, la formation se stabilise autour Randhy Blythe (chant), Mark Morton (guitare), John Campell (basse) et des frères Adler, Chris (batterie) et Willie (guitare). Après une tournée aux Etats-Unis, le groupe change de nom pour Lamb Of God et signe sur le label Prostehtic Records. "New American Gospel" sort en septembre 2000, un mélange de trash, de metal, et de structures alambiquées qui parque un public grandissant. Deux ans de tournée et le quintet s’enferme de nouveau pour donner naissance à "As The Palaces Burn". Alors que le Néo metal tombe en lambeaux, Lamb Of God prodigue un métal intense et agressif dont certains y voient la relève de Pantera. Avec une popularité qui ne cesse de croître, Lamb Of God déménage chez Epic, une major qui saura promouvoir "Ashes Of The Wake", nouvelle galette où le groupe repousse ses limites. La tournée qui suit est un succès, à l’image du passage mémorable au Ozzfest en 2004. La formation en profite pour capter l’énergie de ses concerts via un DVD live : "Killadelphia". La puissance et l’intensité de Lamb Of God ne font pas de détails. Attendus au tournant pour leur prochain album, les américains ne subissent pas la pression et donnent jour à "Sacrament" en août 2006. Les ventes s’envolent et le groupe parcours le monde entier, en première partie de Megadeth notamment. Pour couronner cette tournée plus que réussie, "Walk With Me In Hell", un DVD live, voit le jour en mai 2008 : leur prestation au Download Festival montre encore une fois la solidité et la générosité du combo américain.
Wrath sortira le 23 février 2009, un sixième opus qui ne manquera pas de surprendre les fans.

Pierre

Bleeding Through - Declaration


Une mélopée sinistre et sinueuse retentit puis le théâtre se fait noir : "Tonight we’ll dine in hell !!". Pour les non-aficionados du cinéma testostéronisé, cette réplique passagère dans le panthéon du 7e art n’est autre qu’un extrait de 300, film aussi démonstratif que burné. Bleeding Through met donc l’auditeur en garde, ça risque de bastonner sévère. C’est gros comme une maison que la rythmique typée black-métal de Declaration débarque dans nos oreilles. Les cris répondent aux riffs accrocheurs, sur fond de violons samplés assez dispensables. Mais que voulez-vous, c’est le style qui veut ça. Car prêchant le metal-core dans tous les non-sens du terme, Bleeding Through pioche de tous les côtés pour finalement proposer des titres qui donnent plus dans la démonstration de force que dans la réelle volonté de marquer les esprits par une véritable originalité. Non, les Américains foncent dans le tas, et ce pendant deux titres qui laissent l’auditeur un peu pantois. Ça frappe fort, très fort, le tout emballé par une production remplissant le cahier des charge actuel : clair, net et précis. Mais quand le groupe donne dans le sirupeux ("There was a flood", "Sister Charlatan"), l’attention décline. Parce qu’interpréter ce qui reste comme un metal mélodique avec une batterie mixée en mode "blast beat", on ne peut s’empêcher de sourire. Un anachronisme qui ne fait heureusement pas loi tout le long de l’album. "French Inquisition", "Death Anxiety" proposent un panel assommant de riffs spartiates alors que le chant typé hardcore fait des merveilles. Toujours discutables, les fonds de clavier ne sont pas d’un intérêt probant face à un duo de guitare qui parvient à installer des ambiances à lui seul. L’intérêt de cet album résidant encore une fois dans la capacité étonnante du groupe à proposer un aperçu de ce qui se fait un peu partout dans le monde "metal", reste cette sale impression que le groupe fait du "par cœur", une copie propre certes mais trop propre. Bleeding Through enfonce des portes ouvertes en s’essayant, avec courage néanmoins, à un style vu et revu. Avec les compteurs de surprises près des pâquerettes, on se surprend tout de même à réécouter cet album qui, bien qu’inoffensif, développe une puissance catchy qui peut faire son petit effet.

Pierre

Abysse - Le vide est forme

Abysse c’est quatre têtes pensantes et un metal de haut vol, lunaire et instrumental. Des débuts en 2006 avec un huit titres, Eight Hours Before Dawn, première étape d’un apprentissage qui continuera sur De Profondeur En Immersion, un 6 titres qui leur vaudra un passage aux Karma Studios pour l’enregistrement. Poursuivant dans les extrêmes topologiques, c’est cette fois aux Dome Studios que le quatuor pose des ses instruments pour un nouvel enregistrement au format particulier : 2 titres de plus de 10 minutes chacun. Les compositions mûrissent et c’est tout naturellement que le groupe accompagne des groupes comme One Way Mirror ou Klone.

Avec un format aussi particulier que deux titres de plus de dix minutes, Abysse s’attaque à un public trié sur le volet, patient et envieux d’ambiances explosives. Et quand on est confronté à un OSNI (Objet Sonore Non Identifié), autant prendre son temps pour appréhender la bête. Les climats, les ambiances, ça s’installe progressivement, ça se prépare avec patiente, pour qu’une fois l’accord joué, tout s’explique, en un rien de temps. Malgré la tâche ardue, Abysse éprouve par son efficacité. Impossible de ne pas rester insensible aux progressions de la deuxième moitié de "Deviance", tant l’intensité qui s’en dégage nous fait rentrer dans un chaos émotif. Par leurs questions-réponses, les deux six-cordes racontent une histoire, dont le zénith accablé sonne le glas de l’auditeur. La fin sonne dans une lourdeur assommante, laissant l’imagination gambader vers courbes infinies de mélancolie. Le titre "Deviance" prend alors tout son sens, bande son d’une descente aux enfers et de vains combats. Un voyage auquel "One Last Breath" donne une suite maniée avec maturité. On a changé de chambre, mais on reste dans la même maison. Le tempo est sensiblement le même, à la différence de l’intensité prodiguée par le quatuor : "One Last Breath" reprend "Deviance" là où elle a finit, pour porter l’auditeur encore plus loin dans son expédition. La gravité des progressions d’accords est poussée plus loin encore et on a vraiment l’impression d’écouter la bande son de l’Apocalypse. On sent la fin inexorable, inévitable, et pourtant on fonce pour découvrir encore de nouvelles contrées, toutes aussi étonnantes les unes que les autres. Les arpèges du milieu de "One Last Breath" sont salutaires pour qui veut reprendre son souffle. Mais pas trop longtemps. La batterie reprend un tempo proche du doom, puisant dans des ressources nouvelles pour continuer la marche.
Abysse réussit là où beaucoup de jeunes pousses échouent : on voyage. Après coup, le format du EP prend tout son sens et la musique d’Abysse n’aurait pas pu trouver meilleur vecteur. Le vide est forme est plus qu’un simple CD, c’est un livre ouvert.

Pierre

29 janvier 2009

Me, Myspace and My Band @ Mondo Bizarro 2009


On connaissait le Myspace découvreur de talents, où comment l’instantané digital pouvait fabriquer des artistes en moins de temps qu’il ne le fallait pour l’imaginer. C’est pourtant en tant qu’organisateur de concert que Myspace s’est évadé de la matrice pour une soirée rock’n’roll au Mondo BIzarro, emblème rock de la singularité bretonne.
Au menu des réjouissances, 4 groupes, 4 concerts courts et intenses, 4 publics différents. De l’aveu même de son guitariste, c’est sur un « public à froid » que Shane Cough décharge en premier ses riffs noisy. Connu pour des prestations live marquantes, notamment sur la tournée d’Intraveineuse, le quatuor reste dans le même registre. Une tête blonde a remplacé une tête brune au micro mais la nouvelle chanteuse est plus qu’à l’aise sur les planches rennaises. Arrivé à la bourre, je ne profiterai que de la seconde moitié de leur concert, mais quelle moitié ! Toujours aussi possédés, les locaux de l’étape ont donné un avant-goût plus qu’alléchant de l’album à venir. Autre jeune pousse bretonne, les Scums prendront d’assaut la scène avec leur pop-punk catchy alors qu’en coulisse, les Banane Metalik se maquillent activement, un rituel de près d’une heure pour « rentrer dans le personnage ». Un étage en dessous les Scums tournent les BB Brunes et autres Déportivo en dérision avant de reprendre les Foo Fighters. Un show intéressant mais sans réelle aspérité.
Pour avoir observé les Noïd en backstage, on peut dire sans mentir que le groupe est « true fuck’in rock’n’roll ». Bourbon et Gibson Flying V pour un relent de Texas en terre bretonne. Pas de pression, le groupe connaît bien les lieux pour y avoir joué un paquet de fois et récemment avec les Bukowski. Être un peu comme à la maison n’empêche pas les problèmes techniques, dirigés en formation d’attaque vers Damien, qui a peu du mal à comprendre le fonctionnement de son ampli d’un soir. Attente puis détente, le groupe envoie enfin la purée. Et ce n’est pas faute de l’avoir dit plus tôt, grosse claque BIS. Clairement heureux d’être là pour défendre une nouvelle fois « Sleepless night », basse, guitares et batterie se donnent à fond quitte à perdre un peu le contrôle, c’est ça finalement l’esprit du live. Le Mondo s’est bien rempli et quelques aficionados reprennent les paroles de « Nothing said » ou de « It’s time to stop », pendant qu’un punk s’échauffe intensément les cervicales devant les pieds de micro. Fin de set, 30 minutes c’est court. Transpirant, le quatuor rejoint les loges sous les félicitations du public, affaire classée.
Apès avoir assisté à la séance de maquillage de deux membres des Banane Metalik, la curiosité se fait prégnante. Clairement prêt à des sacrifices pour rentrer dans le personnage, le groupe dégage dès son arrivée sur scène une générosité doublée d’une authenticité à toute épreuve. Sur scène comme dans le public, l’esprit punk domine et les créations capillaires exubérantes font loi. Dès les premières secondes de gore’n’roll, le public qui était compact, dans la position d’attente traditionnelle, recule brutalement pour laisser place aux licenciés du club « slam dance ». Les bières restent péniblement dans les verres, mais qu’importe, un concert punk est un concert punk. C’est clairement le bordel et le chanteur de la formation rennaise s’en réjouit à s’en faire péter les cordes vocales. Un groupe punk tête d’affiche d’une soirée du label « Me, Myspace and My band », on appréciera le paradoxe. Néanmoins pour le public bravant la chaleur du club rennais, c’est avant tout une soirée gratuite, opportunité unique de voir une figure de la scène bretonne et de mettre le souk sous les accords écorchés du gore’n’roll.
Comment on dit déjà ? Ah oui, bi-di-bim !

Le reste des photos ici et

Pierre

Sticky Cheese - Box



Besançon, c'est pas foncièrement la capitale mondiale du rock. Mais combien de formations se sont exilés de villes similaires pour devenir des groupes internationaux ? En tout cas c'est tout ce qu'on souhaite à Sticky Cheese, quatuor moins franc-comtois que franc du collier. Parti enregistrer un EP en Angleterre avec Robin Baynton, le groupe s'est offert des conditions d'enregistrement professionnelles, pour un rendu qui ne l'est pas moins: Box est une franche réussite. Prochaine étape, tourner encore et encore pour ce groupe qui a faim de scène, son élément naturel. Question style, le groupe embrasse le genre rock, avec toutes ses influences, passerelles et issues de secours. Un joyeux mélange, abrasif et entêtant.



On a beau dire, le rock anglais est toujours une référence, malgré ses épisodes à mèche et ses passages electro-épileptico-naze. Si le son de Sticky cheese devait se référer à un rock anglais, ce ne serait pas celui là, mais plutôt celui de The Clash, Radiohead ou Blur. Une époque et des influences exprimées sans retenue dans un EP a la carrure d’album. Parti en Angleterre pour enregistrer, le quatuor a fait fort. Un son à la hauteur et une production de haut niveau pour ce qui reste pour l’instant la seule production studio des franc-comtois. Déjà, ils ont su se mettre les atouts sonores de leur côté. Mais ce n’est pas tout. Le groupe aurait pu se contenter de recracher ses influences pour un résultat aussi plat que le relief Hollandais, mais non. En se donnant du mal, on finit toujours par arriver à quelque chose d’innovant et « Box » en est la preuve. La section rythmique est une base parfaite pour les mélodies à la fois alambiquées et catchy des quatre titres de « Box ». Une batterie qui innove à chaque structure et des guitares qui dialoguent pour un rendu homogène, cohérent et franchement rock’n’roll. En gros, ça balance des watts. Les quatre morceaux sont un condensé de l’énorme potentiel du combo, partant dans des rythmiques arrêtées à la The Clash pour Raw Dream, ou dans un dépoussiérage du genre sur High minded. Le doublage des voix est d’un effet des plus réussit, on plane ! Les riffs de fin remettent tout en place, entre concentré d’énergie et progression toute en émotion. Difficile de ne pas tomber sous le charme tant le groupe nous promène tout au long de ces quatre titres dans des ambiances totalement différentes. En un peu moins d’un quart d’heure, les franc-comtois offre un voyage que peu d’EP permettent, tant le format est restreint. Nasty storm passe de chœurs à la Radiohead à un break acoustique venu d’on ne sait où, et le pire, c’est que ça marche. Les « fromages qui collent » tiennent le bon bout et ne lâche pas la tension avant la dernière note de Starlight Exposition, final abrasif qui vous laisse sur votre faim. Un signe plus que positif, preuve que Sticky cheese marque les esprits avec son mélange de rythme à l’anglaise et de mélodies planantes. Du gros gros potentiel !

Pierre

Hacride - Itw en studio

Entretien réalisé par téléphone avec Benoist (basse) le 17 décémbre 2008.

La tournée d’Amoeba s’est conclue en Novembre pour une date au Ferailleur de Nantes, comment ça s’est passé ?


C’était vraiment bien ! On a vraiment apprécié le concert et l’accueil des gens. On était déjà passés par cette salle pour la tournée avec Dying Fœtus et on avait vu que les gens accrochaient bien même si la plupart étaient là pour Dying Fœtus. Du coup on s’est un peu demandé comment cette dernière date allait se passer et puis en fin de compte il y avait beaucoup de monde, on a rencontré des supers groupes… c’était vraiment un bon aboutissement ! Après on était pas forcément très prêts puisqu’on était encore en studio, à fond sur le nouvel album donc ça nous a fait un peu bizarre de se remettre dedans mais c’était vraiment cool.

Vous en avez profité pour jouer des nouveaux titres ?

Non justement on a pas eu le temps. On voulait faire un set spécial, intégrer des chansons inédites pour créer un concert unique pour la fin mais on a vraiment pas eu le temps. Après les sessions d’enregistrement, on a eu juste trois jours off pour répéter donc pas assez de temps pour jouer les nouveaux morceaux et tout mettre en place.

Actuellement, l’enregistrement est terminé ?

Pas tout a fait encore, Sam est en train d’enregistrer ses lignes de chant en ce moment. On a encore des samples à enregistrer dans d’autres studios, des instruments acoustiques aussi. Le mix a déjà été attaqué un peu par Franck Hueso mais il attend d’avoir toute la matière pour allez plus loin. Il nous connaît bien, pour avoir enregistré Amoeba notamment, et puis c’est notre ingé son en live donc il sait quoi faire.

Pourquoi le choix du Loko Studio pour enregistrer ?

Le Loko Studio a été choisi surtout pour la batterie, parce que la salle de prise est assez vaste, pour créer une batterie ample et avoir un maximum de naturel dans la prise de son. En plus le matériel d'enregistrement du Loko est vraiment performant et il a fait des gros groupes type Aerosmith. On voulait vraiment partir sur un truc professionnel pour la batterie.
Là bas on a fait uniquement nos prises de batterie, ainsi que nos prises de son de guitare et de basse. On avait déjà enregistré nos lignes de guitares et basses dans le home studio d'Adrien avec une technique qui s'appelle le Reamp et qui consiste à enregistrer d'abord les sons clairs dans un ordinateur et ensuite de rediriger ces sons, via un boîtier, dans des amplis traditionnels, ce qui nous permet de les réenregistrer à l'infini en fait. Si le son ne nous plaît pas, il suffit d'envoyer les prises de guitare/basse à nouveau dans d'autres amplis. Donc ce qui est bien c'est que c'est jamais figé et que ça nous fait gagner beaucoup de temps en studio.

Quelle est la différence entre le Hacride qui a enregistré Amoeba et celui qui enregistre en ce moment, votre approche du studio a-t-elle évolué ?

On est plus sûrs de nous, tout simplement. Pour Amoeba on voulait sonner « comme », tout en cultivant notre spécificité. On écoutait des CD et on se disait « ah tiens ça sonne comme ça, on devrait peut-être sonner comme ça ». Là on est sûrs de nous, on a pas voulu sonner comme quelqu'un d’autre. On avait tout de suite une direction, tout a été très très vite. Je me souviens pour Amoeba on avait mis deux jours pour faire le son de batterie, là ça s’est fait en une après-midi. Pour les guitares on avait tourné en rond, là ça c’est fait directement. On a acquis des automatismes au cours des enregistrements précédents, ce qui fait que l’on a moins douté pour cet enregistrement.

Est-ce que le son, particularité évidente d’Amoeba, va subir une évolution pour ce nouvel opus ?

Le son évolue bien entendu, rien qu’au niveau des accordages de guitare et de basse, qui seront beaucoup plus graves. Les tempos sont aussi un peu plus lents, on essaie de plus se poser sur les riffs, de moins être essoufflés comme sur Amoeba, d’avoir des atmosphères moins haletantes. On a voulu plus poser les ambiances, avec un côté progressif qu’on a développé encore plus, avec des morceaux encore plus longs. Évidemment ça reste toujours aussi fou.

On va donc retrouver ces riffs polyrythmiques et ces touches acoustiques ?

Il y a un peu de tout ça en fin de compte. Fondamentalement Hacride ça reste tous les outils que l’on a utilisés sur Amoeba. C’est vraiment une évolution, encore un autre visage d’Hacride sans pour autant changer complètement. L’accordage par exemple crée des ambiances différentes par rapport à Amoeba. Mais il y a toujours des riffs complexes et des passages acoustiques, mais on a utilisé les mêmes outils que sur l’album précédent et qu’on sait maintenant utiliser d’une manière plus directe.

Est-ce que tu peux présenter succinctement les différentes phases de l’enregistrement à nos lecteurs les moins au fait de ce processus ?

Alors il y a une phase de pré-prod où Adrien enregistre des guitares dans son home studio avec des boîtes à rythme pour qu’on puisse se rendre compte à peu près du morceau. Ensuite on réarrange tous ensemble le morceau, on le répète etc. Après vient l’enregistrement des guitares et basses chez Adrien et enfin l’enregistrement les batteries et les sons définitifs de guitare et de basses au Loko. Le chant est fait dans un autre studio à côté de Poitiers. Ensuite viendra la phase de mixage en studio, avec Franck Hueso. Et puis on fait le mastering avant d’envoyer tout ça au label. En gros ça prend environ huit mois.

Vous vous êtes donnés une direction artistique pour cet album ?

On ne s’est jamais mis de contraintes artistiques. La seule direction prise pour cet album a été de développer notre côté progressif. Les essais d’accordages faits par Adrien vont dans cette direction, pour créer un aspect plus triste aux titres, plus progressifs.

Comment allez vous gérer la parution de l’album ? Est-ce que vous allez céder à la mode du téléchargement libre ?

On a pas encore réfléchi à tout ça même si on sait que Listenable le fait depuis assez longtemps sur des plateformes payantes. On aimerait faire comme NIN ou encore Radiohead évidemment, mais pour l’instant on est pas au fait de décider ça, c’est surtout le label qui s’occupe de la sortie. Mais c’est une initiative mortelle pour la musique, si ça peut se développer de plus en plus c’est bien. Mais le problème c’est que pour l’instant il n’y a que les artistes qui n’en ont « pas besoin » qui le peuvent, même si nous on n’en pas besoin puisqu’on rapporte pas des milles et des cents bien évidemment.

Que dire de la tournée qui va suivre la sortie de l’album ? Quelques festivals d’été sont au programme ?

C’est en train de se faire, on aimerait bien pouvoir faire une tournée européenne en support direct d’un groupe. On a quelques propositions, on va voir ce qui est possible pour nous. On aura une tournée en France évidemment et quelques festivals d’été qu’on est en train de booker. De toute façon on veut tourner un maximum pour assurer la promo du CD.

Tu as jeté une oreille sur les derniers AC/DC, Guns’n’Roses et autres Metallica ?

J’ai jamais été fan des Guns sauf cette fameuse chanson dans Terminator 2 mais je l’ai écouté quand même car je suis un peu fan de Ron Thal, le guitariste. Si je peux juger leur travail, je dirais qu’il y a des idées intéressantes même si l’album dans son entier est pas super. Par contre il y a des surprises, ils nous ont pas fait un album à la AC/DC justement où on s’attend à la chose. J’adore vraiment le groupe mais c’est du déjà-vu, aseptisé. Le Metallica est super bien par contre. Je suis super fan depuis les et pour moi c’est un bon contact après St Anger, je le trouve vraiment bien.

Qu’est ce qu’on pourrait souhaiter de meilleur pour Hacride en 2009 ?

Une tournée avec Megadeth (rires)… !

Propos recueillis par Pierre pour W-Fenec

Hacride - Amoeba


Quand Hacride donne sans complexe dans le metal dit moderne, ça pique les yeux, saigner les oreilles et bouger les cervicales. Suite d’une première production studio qui les avait menés sur les routes pour deux tournées, Amoeba est une véritable démonstration en 10 chapitres de la capacité à créer des ambiances complexes, malsaines, atmosphériques, le tout porté par des arythmies qui visent juste. S’arrêter sur toutes les influences qui traversent cet album serait un travail titanesque, mais comment ne pas ne pas s’attarder sur ces guitares hispanisantes, echo tranquille d’un métal sans condition ? Parfait exemple de cet oxymore musical, "Fate" aborde successivement des registres acoustiques, des rythmiques black-metal, et un riff qui joue avec les octaves. Il serait pourtant injuste de parler de metal hispanique ou autre sous genre qui catégoriserait Amoeba. Simplement, Hacride propose là une musique violente, aux rythmes essoufflés, aux ombres prog et aux racines metal, tout simplement.
La première écoute est si chargée en surprises qu’il est parfois difficile de savoir ou donner de la tête. Malgré tout, le groupe offre quelques points de repères mélodiques, ou le chant prend toute sa dimension, alors qu’en temps normal la guitare prend le dessus. "Perturbed" et son clip d’inspiration Tool est à ce titre un parfait exemple de maîtrise technique, où Meshuggah n’aurait pas fait mieux. La première moitié de l’album s’achève sur près de 7 minutes d’un mélange exaltant de musique hispanique et de riffs massifs, une vraie baffe. La suite ne fait aucun doute, on repart de plus belle dans les sphères complexes après un interlude bienvenu ("Liquid"). Les attributs techniques du quatuor font des étincelles, broyant tout sur leur passage, à l’image d’un Cycle destructeur exploitant néanmoins quelques moments prog, que "Ultima Necat" prolonge, interlude comparable à "Liquid", préparant à un dernier titre puissant qui rappelle les structures du début de l’album. Tel un cycle, Hacride finit par ce qu’il avait commencé, avec l’impression pour les oreilles d’avoir fait un voyage à la fois épuisant et transcendant. Une tuerie en somme.

Pierre

30 novembre 2008

Amon Amarth - Bio


Quintet death metal à l’imagerie Viking plus que revendiquée, Amon Amarth, nom emprunté à la mythologie de Tolkien, est à la Suède ce que le pack du XV de France pourrait être au métal. Cinq musiciens plus massifs les uns que les autres qui ont su mettre à profit leur originalité pour gravir patiemment les échelles du succès. Ce n’est que 4 ans après la formation du groupe, en l’an de grâce 1996, que leur premier effort discographique voit le jour. La signature chez Metal Blade et la sortie de leur deuxième méfait fait décoller leur popularité en 1998. Cumulant vie professionnelle et statut de musicien reconnu, ils persévèrent et leurs efforts payent par la sortie de trois albums en trois ans : The Avenger en 1999, The Crusher en 2001 et enfin Versus The World en 2002, qui aura fini d’achever le peu d’anonymat qui leur restait. Désormais musiciens à plein temps, ils vont pourtant exploiter jusqu’à la moelle leur musique aussi simple qu’attrayante en sortant deux albums plutôt décevants, Fate the norms en 2006 et With Oden on Our side en 2006. Cette même année le groupe succombe à la mode du DVD live pour une réelle démonstration de ce qu’Amon Amarth est capable de proposer en live. Une puissance phénoménale et des mélodies entêtantes qui seront exploitées pour le meilleur avec la sortie en 2008 de Twilight of the thunder God.
En 2009, Amon Amarth prendra part à des festivals européens comme le Hellfest ou le Wacken Open Air.

Pierre

Amon Amarth - Twilight of the thunder god


Ne vous fiez pas à la popularité grandissante des Suédois, Amon Amarth a un long passé discographique derrière lui et Twilight of the thunder god n’est autre que leur huitième album. 10 titres et toujours cet univers viking qui leur est propre, cette imagerie que le groupe nourrit continuellement au travers de leurs concerts, artwork… Annonçant l’arrivée du dieu du tonnerre, cet album est plus un retour à l’efficacité et à la puissance dont le quintet avait fait preuve avant la sortie de leurs deux précédents albums, copie conforme de ce qu’ils avaient pu proposer les années précédentes. Le mid-tempo est donc à l’honneur, pour une alchimie batterie-guitare quasi parfaite. Tout en jouant sur la violence incarnée par la voix caverneuse de Johan Hegg, les mélodies restent l’élément principal de leurs compositions, portées par les harmonies des deux guitaristes. Pour peu que l’imagination prenne le dessus et on se croirait facilement en pleine bataille d’inspiration Braveheart, du côté des viking bien-sûr. Un thème récurent que l’on doit à la passion débordante que le vocaliste voue à ces histoires et aventures ancestrales. N’empêche, ça colle parfaitement au côté épique des compositions de Twilight of the thunder god. La palme du genre pour "Embrace the endless ocean", où les cordes d’Apocalyptica ajoutent au solennel du titre. Même si Where is your god jour sur un registre plus rapide, le mid-tempo demeure le fil rouge de cet album (Guardians of Asgaard, Varyags of miklagaard).
Plongeant dans l’univers d’Amon Amarth par une porte d’entrée plus que réussie ("Twilight of the thunder god") le voyage se poursuit dans une réelle homogénéité. À chaque titre son histoire, à chaque titre sa propre couleur, sur fond de métal aventureux et voilà ce que ce huitième album des Suédois réussit à produire une atmosphère épique, inquiétante et mélodique relevée par des invités de choix.

Pierre

25 novembre 2008

Soilwork - Figure Number Five


Après quatre albums qui auront fait de Soilwork un des groupes les plus prolifiques du continent européen, les Suédois ont posé leurs instruments pour donner naissance en 2003 à leur cinquième effort, logiquement intitulé Figure Number Five. La notoriété du groupe, acquise à l’ancienne en suant à grosses gouttes, ne fait que leur mettre plus de pression sur les épaules. Attendu comme le messie en terre promise, Figure Number Five prend le côté mélodique des précédents albums pour le porter à son paroxysme. Mélodique, c’est bien le terme, mais quand on a l’habitude de l’agressivité des précédents albums, difficile de ne pas rester sur sa faim. "Mindmaker", "Cranking the sirens" ou "Figure number five" prouvent tout de même que les Suédois usent encore des outils traditionnels du genre "wall of sound" et riffs à la fois complexes et accrocheurs. Mais ! En cultivant leur côté plus accessible et mélodique, Soilwork réduit à un rien la frontière qui les séparent de leurs comparses d’In Flames, tant et si bien que nombreuses sont les harmonies de guitare, les lignes de chant qui sonnent In Flames. Les compositions obéissent à la même structure et à la fin de l’album, on s’ennuie franchement. En jouant sur tous les tableaux à la fois le quintet se perd un peu, même si cet album contribuera à faire connaître le groupe bien au-delà du continent.
Finalement assez homogène, Figure Number Five est un album très digeste, plutôt aérien. Sans hauts ni bas, il est néanmoins assez pauvre en surprises, surtout par sa proximité avec ce qu’In Flames peut proposer.

Soilwork - Biographie



Nouveau rejeton de la prolifique scène suédoise apparu peu de temps après In Flames, Soilwork se présente dès ses débuts discographiques comme un compromis agressif entre trash, death-metal tout en jouant sur le terrain mélodique. Prometteur ? Pas que. Après un premier album qui aura secoué les milieux underground européens, le quintet prend de la hauteur avec The Chainheart Machine, un succès critique qui leur ouvrera les portes du label Nuclear Beast. Écumant les salles de concert, les suédois ouvrent déjà pour des pointures telles que Chimaira ou leurs comparses d’In Flames. Malgré des changements de line-up réguliers, le groupe tient la barre et frappe de nouveau sur la table en 2002 avec la sortie de Natural Born Chaos. Bien qu’acclamé, cet album est plus un passage vers un autre monde qu’une pièce maîtresse de leur discographie. Car avec Figure Number Five en 2003 et Stabbing the drama en 2005, Soilwork commence à percer aux USA jusqu’à passer dans le prestigieux Ozzfest. 2007 voit le retour du quintet sur le devant de la scène avec une Sworn To A Great Devide, un 7e effort aux allures d’arme de destruction massive pour les cervicales. De nouveau sur la route, ils s’entourent de Sylvain Coudret (ex-Scarve) pour assurer la six-cordes, avant de l’intégrer à proprement parler dans la formation il y a peu.

Pierre

03 octobre 2008

Systematic Chaos 2007

Le Dream Theater version 2007 c’est : une arrivée chez Roadrunner, des muscles en plus pour John Petrucci, une barbe bleue pour Mike Potnoy et un nouvel album, sans concept cette fois. Systematic Chaos n’est pourtant pas dénué de mystère, même si on est pas en présence d’un chaos systémique mais bien d’un chaos systématique. Philosophiquement parlant c’est moins palpitant même si cela mérite qu’on s’y arrête un instant. Pour cet album, il y aurait donc une répétition cyclique d’un chaos, l’ordre régissant le désordre. Fin de la leçon de philosophie, sortez vos cahiers de musique.
Même schéma que pour Octavarium, Systematic Chaos compte huit titres, dont une suite de 16 minutes, cette fois coupée en deux. Et du batteur d’expliquer ce choix par la volonté de ne pas commencer l’album avec un gros morceau dépassant le quart d’heure. Soit. "In the Presence Of Enemies Part 1" débute donc l’album dans une descente de toms avant une intro de guitare qui rappelle explicitement "Swim" d’In Flames. La suite ressemble à un auto plagiat jusqu’à ce que James Labrie pose son chant et relève le niveau. Deuxième single en date, "Forsaken" prend la suite sur un piano lointain avant que le reste du groupe se joigne à Jordan Rudess pour déchaîner les enfers. Même si ça reste gentillet le titre est plus qu’appréciable et fait des miracles en live. "Constant Motion" et "The Dark Eternal night" sont la preuve que les 20 000 dollars de budget Starbucks nécessaires à l’enregistrement ont fait leur effet. Le premier aborde la débordante créativité de Mile Portnoy, toujours en train de planifier quelque chose. Clairement dans la lignée des riffs de Metallica, l’efficacité est au rendez-vous. "The Dark Eternal Night" est plus complexe, alliant chant rappé sur les couplets et sonorités malsaines sur le pont. Un passage trash plus tard, le titre se termine sur un riff gras, lourd, sur fond d’improvisation de Jordan Rudesss sur son continuum. Grosse claque.
"Repentance" est la dose de subtilité de cet album. Quatrième partie de la suite AA abordant les problèmes d’alcool de Portnoy, cette ballade mélancolique est l’occasion pour de nombreux artistes de poser quelques lignes de voix. Le groupe réussit à diffuser une ambiance froide et nostalgique et bien que John Petrucci sorte d’une tournée avec le G3, rassemblement des meilleurs guitaristes du moment, il use d’une étonnante finesse. Seul titre écrit par James Labrie sur cet album, "Prophets of war" exploite le côté catchy des américains pour un résultat incisif, servi par un riff de guitare révélant encore une fois les capacités de Petrucci. Même si le groupe ne voulait pas aborder l’enregistrement de Systematic Chaos avec un concept prédéfini, il ne voulait cependant pas composer dans une veine "joyeuse". "The Ministry Of Los Souls" en est l’exemple type, usant d’accords majeurs à des fins nostalgiques, presque funestes. L’album se conclut comme il avait commencé, avec la deuxième partie de "In The Presence of Enemies". Cette suite dépasse largement le premier épisode, utilisant tous les artifices heavy-metal et prog. Après une introduction toute en tension, le groupe se faufile vers un développement grandiloquent, narrant l’histoire d’un démon intérieur en conflit avec son alter ego angélique. Les parties instrumentales font de cette seconde partie le titre, avec "Repentance", le plus intéressant de l’album, sans une seconde d’ennui.
L’attente était grande chez les fans, une nouvelle fois. Malgré les critiques, cet album est abouti et intelligemment composé, sans les travers "pop" d’un Octavarium. Encore une fois, Dream Theater a frappé fort.

Pierre

Textures @ Oslo, The Garage

Un groupe néerlandais dans la capitale norvégienne, le tout pour un concert dans un club rock’n’roll du centre d’Oslo. Sur le papier l’affiche a de la gueule, et quand bien même on gagne des billets sur Internet, l’occasion vaut largement le détour.

À peine arrivé sur site que la discussion s’engage avec Remko, nouveau bassiste de la formation depuis un peu plus d’un an, et Richard, qui prêche le dieu du métal technique derrière ses claviers. Et voilà que les deux musiciens se prêtent au jeu, abordant avec humour l’enregistrement de leur dernier album ou encore ce que Gojira réserve pour son nouvel album.
Quelques bribes de son de M.A.N parviennent jusqu’à l’extérieur, du metalcore Suédois bien ficelé. La salle de concert du "Garage" prodigue un son de qualité au groupe, qui finit son show sur une reprise de Sepultura où le public, bien que peu nombreux, reprend en chœur "Roots Bloody Roots". L’endroit parle de lui-même, entre effluves de bière et bande son sacrément énervée. En l’occurrence le changement de plateau se fait au son du black métal local.
Textures arrive enfin sur scène, tout en simplicité, entamant les hostilités avec "One Eye Fo A Thousand". Le son est d’une surprenante qualité et le public a pris en volume, bien que ce soit la première du groupe en Norvège. Le quintet développe une énergie foudroyante, headbangant avec générosité. L’efficacité est totale, les riffs assassins du dernier album font leur office à merveille, à l’image d’un "Storm Warming" qui annonce la tempête. Les individualités sont mises de côté et les néerlandais montrent une complicité à rude épreuve, échangeant des regards amusés. Le groupe est content d’être là et le fait savoir : Eric harangue le public en permanence, alors que les deux guitaristes ne lâchent leur sourire que pour bouger d’autant plus. D’une incroyable fraîcheur, le groupe se joue de la complexité de sa musique pour en donner une expression brute et directe, sans concession. "Transgression", "State Of Desobedience" ainsi que "The Sun’s Architect" font la preuve en live que les 5 musiciens sont d’une précision et d’une technicité à toute épreuve. L’interprétation des titres est parfaite : pas de fausse note, un chant plus qu’à la hauteur et un claviériste clairement habité par le malin. Réactif comme jamais, le public en redemande mais doit se contenter d’un "Regenesis" surpuissant pour conclure une heure de show intense. D’une étonnante simplicité, le groupe quitte la scène conscient d’avoir marqué les esprits. En tout cas le groupe semble apprécier les petits club à l’image du "Garage", et le public le lui a bien rendu.


Version anglaise

Attend a Textures show is always a special event. Winning tickets to see one of the most productive European band over the past years in a tiny club of Oslo is even better.
Hardly arrived at “The Garage” that I start to speak with Remko (bass) and Richard (synths). It’s the first time in Norway for the Dutch band, but they don’t look worried at all. The time for us to speak a bit of the new Gojira’s record and of how they made “Silhouettes”. Downstairs, M.A.N finishes his concert with a down tempo “Roots Bloody Roots”. Even if there’s not that much people in this beer smelling place, every metalhead in there shouts the lyrics loudly. The Swedish metalcore band does what it was expected to: prepare the audience for Textures. And the quartet did it quite efficiently.
As Textures arrives on stage, the audience gets bigger : the Dutch band is clearly expected. “One Eye For A Thousand” begins the show in a storm of energy, combining technique and precision in an amazing intensity. Exchanging with each other and with the audience, the members are obviously happy to be there, and they show it. The songs from “Silhouettes” are remarkably played, and all the complexity of “Awake”, for instance, is used as a means to spread blast weaves. Used for the first music video of Silhouettes, this four minutes long song demonstrates how the band can mix catchy vocals and ere a dense amount of violence and technique. “Storm Warning” and “Transgression” continue the show with an audience full of headbangers, spinning their hair continually. For sure, Textures knows how to do the show, and the complexity of their music is not an obstacle to appreciate all the generosity the Dutch band demonstrates. Musically speaking, the five musicians never did a false note, with a special mention to Eric, the singer, who used any type of voice with a result close to the perfection. Literally possessed, Richard is constantly moving, singing the lyrics like he preaches something. With their 7-strings guitars, Jochem and Bart are also more than good in playing the difficult parts of Textures’ music. Actually all the members have a high capacity to play, and that’s one of the reason why the show is that good. Even if a part of the audience is staring at the two guitar players watching how they play, everyone in “The Garage” is hypnotized by the efficiency and the presence of the Dutch band. After one hour, the band leaves the stage conscious of having done a great show, and the audience knows it as well.
Why Textures is a great band is a difficult question to answer, but their generosity, their human qualities and of course this captivating technical metal make sure that this band is one of the most interesting ones in this new European metal scene. “Silhouettes” will be released in the US soon. Wish them luck to become like The Ocean or Gojira and conquer the United States!

Pierre

01 octobre 2008

Chaos In Motion

A chaque tournée son souvenir en images, en tout cas c’est le rythme que Dream Theater entretient depuis Train Of Thought. Systematic Chaos ne fera finalement pas exception, alors que pendant un temps il fut question de ne pas sortir de DVD. Chaos In Motion verra le jour, mais se détachera des productions visuelles précédentes par un principe de live capté sur plusieurs dates de leur tournée mondiale, six pour être précis. La version 2 DVD présente respectivement un traditionnel DVD bonus et un live de 14 titres où la part belle est faîte au dernier album en date.. "The Dark Eternal Night", "Constant Motion", "Forsaken"… seule "Repentance" ne figure pas en tant que tel dans ce premier DVD. Pour autant on en est gratifié d’un extrait chanté par Mikael Åkerfeldt d’Opeth. Car à la fin de chaque chapitre on a droit à une interview, une pub, ou des extraits d’autres tournées, comme pendant le "Progressive Nation Tour". Si bien que les titres live n’ont que peu de cohérence entre eux, un peu dommage quand on pense que les vidéos présentes entre chaque titre auraient leur place sur le DVD bonus. De leur côté, les titres live sont convaincants, même s’ils ne bénéficient pas de la qualité visuelle offerte sur Score, le dernier DVD live du groupe. On se rapproche plus d’un bootleg officiel que d’un réel concert filmé, ce qui fait gagner la prestation en authenticité, même si pour le coup le groupe ne corrige pas les "pains". Sur scène le groupe est au mieux de sa forme, James Labrie en tête. Ce papy du métal envoie comme en 40, alors que John Petrucci, bourré aux pilules musclor, enchaîne les démonstrations de virtuosité. En sortant un piano à sangle, Jordan Rudess réalise le rêve de tout claviériste : arpenter la scène comme un guitariste. Du coup les unissons entre guitare et claviers sont d’autant plus impressionnants quand on regarde les deux instrumentistes côte à côte sur scène. "In The Presence Of Enemies" reste LE moment de ce concert, une suite de plus de 20 minutes qui, coupée en deux sur CD, est jouée d’un seul bloc en concert. Il est toujours possible de spéculer sur la pertinence de la set list, un exercice apprécié des fans, mais les 14 titres présents reflètent bien le potentiel live du groupe et c’est bien l’objectif.
Le DVD bonus est un billet d’entrée pour l’envers du décor, un documentaire en quatre parties pour découvrir comment se prépare un show de Dream Theater, de A à Z. À côté de cela on a aussi des interviews de chacun des membres, y compris le peu loquace John Myung. C’est intéressant mais ça sonne un peu "redite". Malgré tout c’est toujours appréciable de connaître les petites anecdotes liées au groupe, les petits secrets (John Petrucci fait moins de musculation que de gobage de pilules) et tout un univers que chaque fan déborde d’envie de connaître. Point noir : pas de sous-titres en français, de quoi mettre en rogne les anglophobes. Le reste demeure d’une qualité habituelle chez les américains. Pas de faute de goût et au final un double DVD qui, loin d’être d’un apport formidable par rapport aux autres productions visuelles du groupe, conserve le lien entre le groupe et des fans toujours plus avides quand il s’agit de leur groupe préféré.

Pierre

26 septembre 2008

Octavarium 2005


6 titres sur Six Degrees Of Inner Turbulence, 7 sur Train Of Thought, Octavarium prend la suite logique avec 8 titres et un nouveau concept. L’artwork en dit déjà long sur les idées développées pour ce nouvel opus : les titres tourneront autour de l’idée que tout ce répète, dans un cycle sans fin qui lie chacun des éléments de la vie. Et pour coller avec ce concept, "The Root Of All Evil" débute sur la même note que celle sur laquelle finissait "In The Name Of God" sur le précédent album. Les rythmes de l’introduction sont d’ailleurs un rappel à peine voilé des rythmes de "This Dying Soul". Tout est lié. Après une tournée avec Yes, vestige de la glorieuse époque du prog, on pouvait légitimement s’attendre à un "retour" au prog que le groupe avait délaissé pour donner dans le métal primaire et démonstratif. Et bien non, le groupe ne se (re)tourne pas vers un style purement prog et s’octroie même un début d’album popisant avec "The Answer Lies Within". Ça reste désespérément fade, on frôle l’ennui mortel. Heureusement John Petrucci nous sort la boîte à riffs pour "These Walls", justement un mur de son et un déluge de notes comme on aurait pu en trouver sur "Train Of Thought". Le guitariste va chercher du La sur sa sept cordes pour un ternaire fragmenté, à la fois planant et abrasif. Redescente de tension avec "I Walk Beside You" où les travers de "The Answer Lies Within" se répètent, là on touche carrément l’ennuyeux et le dispensable. À trop vouloir jouer avec le concept de répétition perpétuelle, le groupe se prend les pieds dans le tapis. Cette première partie ne propose pas grand-chose de novateur, si ce n’est des ballades mièvres, relevées cependant par un "These Walls" plutôt convaincant. Certes mais Dream Theater reste Dream Theater, et la suite de l’album n’est qu’un florilège de ce que le groupe a pu proposer de mieux au cours de ses 20 ans de carrière. La maturité des compositions n’est aucunement source de débat, c’est un fait : Octavarium délivre un des messages des plus concis et expressif, malgré une première partie faible.
La basse vrombissante de "Panic Attack" remet les choses en place, on retrouve un groupe sur les rails et prêt à en découdre. La production aux petits oignons met en valeur chaque instrument de manière claire, même si les riffs gras de Petrucci ont la part belle sur ce titre. Gagnant progressivement en intensité, le groupe nous mène sans difficulté vers un passage instrumental démontrant brillamment comment binaire et ternaire peuvent cohabiter (juste une question de mesures). Le final est à l’image de ce passage, prenant et hypnotique, concluant intensément plus de 8 minutes de musique. "Never Enough", où l’influence de Muse est facilement identifiable, n’est en pas pour autant une pâle copie de que peut écrire le trio anglais. Difficile d’imaginer comment il pourrait créer cette ambiance lunaire que Jordan Rudess et Jonh Petrucci créent à eux seuls sur le pont. La sortie de cet unisson est une envolée tout en delay, sacrément réussie. "Sacrified Sons", à défaut d’être un titre intéressant par son contenu, demeure un prélude de qualité pour ce qui restera comme LE titre de Dream Theater, de l’aveu même de son batteur, j’ai nommé "Octavarium". 25 minutes, 5 parties et une pure progression qui fait monter la pression jusqu’à une apogée forte en décibels. Tous les éléments du métal-prog américain sont présents : orchestrations symphoniques, ballade mineure, instrumentations complexes et enfin des paroles qui résument à elles seuls l’intelligence du concept de l’album. Une merveille.
Si le groupe s’était affranchi de ses pérégrinations pop, cet album aurait certainement gagné en homogénéité. Qu’importe, la chanson titre ainsi que quelques titres plus que convaincants font le nécessaire, pour un album qui restera comme l’un des plus aboutis à ce jour.

Pierre